Entre le 9 et le 16 mai 2026, la digue du port de Santa Lucia à Saint-Raphaël s’est enrichie d’une nouvelle œuvre monumentale. Choisie par la Régie des Ports Raphaëlois, l’artiste plasticienne Sandrot a donné vie, à main levée, à deux baleines majestueuses de 13 mètres de long sur 3,50 mètres de haut. Durant une semaine, les promeneurs et les plaisanciers ont pu assister à la naissance de ce face-à-face fascinant entre deux géantes des mers. Fidèle à un univers entièrement consacré à la faune et à la flore, l’artiste signe une création poétique qui célèbre la beauté du vivant tout en invitant à porter un regard plus attentif sur notre environnement marin.

UNE PROUESSE TECHNIQUE A MAIN LEVEE

Derrière la fluidité du résultat se cache un travail de préparation de plusieurs semaines en atelier. « Il y a d’abord une phase d’élaboration, de recherche, d’étude de l’environnement et de l’espace », explique Sandrot. Saint-Raphaël ne lui est d’ailleurs pas inconnu, puisqu’elle a peint, en 2025, une fresque de tortue marine sur le mur des artistes qui fait face au Centre Culturel. Après les croquis et quelques prises de mesures pour valider le positionnement, le passage au mur s’est avéré d’une rapidité déconcertante : seulement trois jours de peinture effective.

La véritable performance réside dans la méthode. Ici, pas de rétroprojecteur, pas de quadrillage ni de calque. Sandrot peint à main levée, guidée par son instinct et le paysage environnant. « J’ai beaucoup aimé prendre du recul sur le quai, faire des pauses en regardant la mer. C’est elle qui m’inspire », confie-t-elle. Travailler en extérieur sur une digue impose également de composer avec les éléments. Le soleil, en particulier, a dicté le rythme de la création. Très vif le matin, il faisait ressortir les aspérités du mur de manière brute. Passé 13h ou 14h, l’ombre offrait aux couleurs une profondeur totalement différente.

Et la nuit, l’exposition change encore, s’enthousiasme l’artiste. Le fond sombre s’efface pour donner l’impression que les baleines sont naturellement éclairées au milieu de l’eau.

L’ART A LA RENCONTRE DU PUBLIC

Formée à la restauration d’œuvres d’art à Lyon, ce qui lui a inculqué la maîtrise des techniques et de la durabilité des matériaux, Sandrot se définit volontiers comme une « artiste performeuse ». Pour elle, investir l’espace public est un choix fort.

Cette commande à Saint-Raphaël résonne d’une manière toute particulière pour l’artiste, qui y voit un honneur et le prolongement d’une belle histoire d’amour avec la région et ses habitants. Ces deux cétacés font également écho à son exposition « Faune » au Musée archéologique de Saint-Raphaël en ce début d’année, ainsi qu’à son exposition passée à Marseille ou à la baleine éphémère qu’elle avait créée à Nice dans le cadre de l’UNOC3 (Troisième Conférence des Nations Unies sur les Océans).

RENDRE VISIBLE « LA PARTIE IMMERGEE DE L’ICEBERG » POUR PROTEGER

Au-delà de la performance esthétique, la fresque porte un message environnemental profond, souligné par une démarche écoresponsable. Fidèle à ses engagements, Sandrot a utilisé des peintures acryliques extérieures à base d’eau, sans solvants, applicables entièrement au pinceau. Elle n’a donc pas utilisé de bombes aérosols qui sont connues pour être polluantes et difficilement recyclables. Grâce à une technique subtile faite de mélanges et de transparences plutôt que d’aplats massifs, la quantité de matière utilisée est dérisoire : à peine 3 litres de peinture pour l’ensemble des couleurs.

L’impact de ce type d’œuvre est d’ailleurs mesurable. Sandrot collabore régulièrement avec le milieu scientifique, notamment lors du Congrès mondial de la nature, et a publié un ouvrage regroupant une centaine de dessins d’espèces menacées. Avec ces baleines, l’artiste souhaite éveiller les consciences en célébrant la « beauté de la vie ».

Sous l’eau, on ne se rend pas forcément compte de tout ce qui nous entoure. Nous ne voyons que le haut de l’iceberg. Mon but est de faire ressortir ce qui est caché aux yeux de tous, pour donner envie de prendre soin, de respecter et de protéger. Ces animaux étaient là avant nous.

Plus qu’une leçon de morale, cette fresque est une invitation poétique laissée aux plaisanciers et aux promeneurs de Santa Lucia.

Je veux que les gens soient totalement libres de ce qu’ils ressentent, qu’ils s’évadent, qu’ils rêvent. La vie est imparfaite, la peinture l’est aussi. C’est une invitation à lâcher prise, à revenir à un art accessible, spontané, presque pariétal

Désormais, la trace est laissée, immuable, sur le béton de la digue.